Gandhi Street Art

C'est ça Pondy, baby!

I) Un coup de coeur bien mérité

II) Que d’aventures à Pondichéry!

La démonétisation
Emeutes et deuil
Alertes cyclone

III) De belles rencontres!

Un coup de coeur bien mérité

On est passés deux fois par Pondy, c’est dire si on a aimé! La première fois, c’était avec Mirella, la soeur de Manu, en venant de Thanjavur: gros coup de coeur pour la ville, on s’est dit qu’on reviendrait bien se poser là après le départ de Mirella. Ce coup de coeur était, on doit bien l’avouer, attendu: cela faisait un moment qu’on rêvait de Pondichéry, allez savoir pourquoi…

Le trajet pour y arriver la première fois a été assez… rocambolesque, dirons-nous. On a pris trois bus pour gagner Pondichéry. Depuis Thanjavur il faut prendre les liaisons suivantes: Thanjavur-Kumbakonam, Kumbakonam-Chidambaram, Chidambaram-Pondichéry (ouais… on a mené l’enquête et testé pour vous!).
Sur un des trajets, le bus était plein à craquer, et le chauffeur ne voulait pas que Stéphanie reste debout. Il lui a donc gentiment offert (ou commandé) de s’asseoir… sur le moteur! Bah oui, il ne fait pas assez chaud comme ça à cette période de l’année! Impossible de se lever, le chauffeur la faisait se rasseoir aussitôt: je vous garantis qu’elle s’en souvient de ce trajet, elle a littéralement été marquée!

Lors de notre premier passage, nous sommes restés 3 jours, le temps de nous balader et de faire le tour de la ville, tranquillement, dans la ville blanche, la ville noire, le parc et le bord de mer.

2e passage, après Chennai: après avoir déposé Mirella dans un tuktuk qui filait tout droit vers l’aéroport (bah oui, même les bonnes choses ont une fin! Mais c’est pas grave, on sait déjà qu’on la retrouve au Laos hihi), on a repris un bus pour regagner Pondichéry. On avait repéré, lors de notre premier passage, une charmante petite guesthouse (lire notre article pratique sur la ville) et on avait prévu de venir s’y poser une semaine, pour se remettre des kilomètres avalés en trombe depuis notre grand départ 6 semaines plus tôt.

C’est là qu’on a rencontré Ilyas (on vous laisse lire l’article sur le personnage), et que tout s’est enchaîné. On n’est pas restés une semaine, mais 1 mois et demi: bénévolat dans deux écoles, la Sathyalayam School et Om Shanti (lisez notre article sur notre expérience TWAM), distribution de riz avec Ilyas tous les vendredis matins, et cours de conversation en français avec son fils Sharik les week-ends.

Que d’aventures à Pondichéry!
La démonétisation

On a vécu tant de choses à Pondichéry! Première semaine, le 8 novembre, Stéphanie est tombée malade comme un chien (tout le monde y passe en voyage, sauf Manu, qui a été relativement épargné jusque-là). Ce jour-là a véritablement été un jour maudit… Clouée au lit, Stéphanie voit débarquer Manu à 20h20, dans la chambre, en criant « Chérie, c’est la merde! Le premier ministre Modi vient de faire une allocution à la TV sur toutes les chaînes du pays. Les billets de 500 et 1 000 roupies ne sont plus valables à partir de minuit ce soir et vont être retirés de la circulation! ». Comment dire, Stéphanie s’est demandée si elle n’était pas en plein délire, dû à la fièvre. Eh bien non. A ce moment-là, on ne se rendait pas encore bien compte de ce qu’il se passait, mais on a vécu un moment historique: la démonétisation.

Pour vous donner une idée et se représenter la masse monétaire qui a été retirée de la circulation, du jour au lendemain: si on empile tous ces billets, cela représente 300 fois la taille de l’Everest. Si on les met bout à bout, cela fait 5 fois la distance aller-retour de la Terre à la Lune! Soit 86% de la masse monétaire du pays (dans un pays où 93% des transactions se font en liquide), annulée en quelques heures. Complètement dingue.

Evidemment, cela a eu des conséquences désastreuses, et même si la décision du Premier Ministre Modi a divisé l’opinion publique indienne, nous avons été impressionnés par le calme dont ont fait preuve les indiens pour faire face à la situation. En France, il y a fort à parier qu’on aurait eu une révolution. Mais là, rien. Patience et sérénité dans les files d’attente pour aller changer les vieux billets à la banque. Et pourtant, c’était un vrai bazar.

La démonétisation avait pour objectif principal de lutter contre le black money (argent non déclaré, argent sale, corruption…) et d’inciter les indiens à ouvrir un compte bancaire (en Inde, la majorité des transactions se fait en cash et il y aurait encore 200 à 300 millions d’indiens sans compte bancaire). Vous imaginez à quel point cela peut diviser un pays, surtout lorsque les premiers à en souffrir sont, in fine, les plus défavorisés, ceux qui gagnent leur vie au jour le jour avec une poignée de roupies. Les vendeurs à la sauvette ou les petits marchands se sont arrêtés de vivre, les boutiques étaient vides faute de pouvoir se réapprovisionner et faute de clients ayant du liquide, les travailleurs agricoles ont perdu leur travail du jour au lendemain car leur patron ne pouvait plus les payer à la journée. En parallèle, les gros bonnets et hommes politiques corrompus ont sorti des grosses liasses de vieux billets sur des tables, sur les places des villages, pour faire des prêts aux plus démunis et ainsi se débarrasser de leur black money. Les pauvres ont ainsi rallongé les files d’attente aux banques, allant changer l’argent pour les plus riches.

On ne pouvait pas changer l’argent comme on voulait: il y avait une limite par jour, qui changeait au fil du temps: 4 000 roupies par personne et par jour, puis 4 500, puis autre chose… tout a été informatisé, répertorié. On a retrouvé un sac plein de vieux billets de 500 et 1 000 roupies déchirés, abandonné dans les rues de Calcutta, quand dans certaines régions de l’Inde des gens se suicidaient, se pensant ruinés. Tous les jours, les indiens venaient changer leurs vieux billets à la banque, et bien souvent, les coffres étaient vides avant la fin de matinée. Peu à peu, les choses se sont organisées, et il y avait même des ATM mobiles, installés dans des camionnettes, pour tenter de satisfaire la demande de liquidités. On attendait des heures sous un soleil de plomb, et lorsqu’on avait de la chance, on repartait avec un nouveau billet.

Ce qui n’a pas aidé dans l’histoire, c’est qu’au moment de l’annonce, il n’y avait pas assez de nouveaux billets imprimés, et seuls les tous nouveaux billets de 2 000 roupies étaient mis en circulation. A noter, que 2 000 roupies représentent, pour nombre d’indiens, plus que leur revenu mensuel! Que pouvaient-ils bien faire avec un tel billet? Les rumeurs les plus folles ont circulé au sujet de ce nouveau billet: doté de nanotechnologie, il pourrait être tracé par les satellites, où qu’il soit sur Terre! Intox, évidemment. Les nouveaux billets de 500 roupies ont mis près de 2 mois à être mis en circulation: la situation a donc été véritablement compliquée.

Aujourd’hui encore, il semblerait que le pays continue à souffrir de la démonétisation, avec notamment une croissance anormalement basse de l’économie. En tant qu’étrangers en voyage, et donc privilégiés, nous ne pouvons pas dire que nous avons été impactés par l’événement. On a du s’organiser et faire preuve de patience, mais on n’a pas été démunis: on a simplement été spectateurs d’un événement historique en Inde, et on a fait la queue à la banque, comme tout le monde.

Mais bon, allez, on peut vous le dire, pour ajouter au côté maudit de cette fameuse journée du 9 novembre: Manu a suivi en direct, toute la journée, les élections présidentielles américaines. De double nationalité franco-américaine, il avait voté. Le résultat est tombé comme un couperet: maudite, cette journée, on vous dit.

Emeutes et deuil

Quelques semaines plus tard, on était en cours à Om Shanti, quand un des professeurs a débarqué dans la salle, pour annoncer, les larmes aux yeux, que l’école allait fermer dans les minutes qui suivaient.

On ne comprenait pas trop ce qu’il se passait, mais on s’est exécutés et on a libéré les élèves. En descendant dans la salle des profs, on se rend compte que c’est la panique: tout le monde s’apprête à vider les lieux, en disant qu’il faut vite rentrer chez soi car c’est dangereux de rester ici ou d’aller dans la rue.

Une des figures politiques les plus importantes du Tamil Nadu, Jayalalitha, vient de mourir. Pour la petite histoire, Jayalitha était une grande star du cinéma tamoule, mais aussi telugu et kannada, avant de se reconvertir en politique et de « régner » pendant près de 15 ans sur le Tamil Nadu en 5 mandats en tant que Chief Minister.

Surprenant de se dire que la disparition d’une figure politique puisse provoquer des émeutes, mais c’est vraiment le cas. Surtout quand elle est aimée et adulée: ses partisans puniront tous ceux qui ne respectent pas le deuil et laissent leur boutique ouverte. A coups de caillasses et de bris de glace.

Le temps de rentrer à la guesthouse, on se rend compte que les rues sont déjà plus vides que d’habitude. On apprend que le deuil va durer près de 3 jours et qu’il faut aller s’approvisionner dans les minutes qui viennent, car tout sera fermé. On fonce à notre supermarché habituel à deux rues de la guest: le rideau de fer est baissé, tout juste entrouvert pour laisser passer les clients accroupis. Les rayons sont vides de briques de lait, de jus de fruit, de pain, et autres aliments non périssables. Il n’y a plus rien! Les gens se pressent dans les rayons pour dénicher le dernier paquet oublié. Lunaire. On croise un australien qui vit là depuis quelques années, il nous résume assez bien la situation: « L’inde est vraiment un pays incroyable. La démonétisation n’empêche pas la vie de suivre son cours, mais il suffit qu’un politicien meurt pour que le pays s’arrête ». On ne saurait mieux dire.

Du coup, pas cours pendant 3 jours, et un régime à base de pâtes déshydratées et de pain de mie. On a réussi à trouver un ou deux restaurants qui restaient ouverts clandestinement: les portes étaient bien fermées, mais il fallait passer une tête pour s’assurer que le service continuait. Une station essence a été caillassée, les routes ont été bloquées et les taxis reçus à coups de bâtons, l’hôpital où Jayalalitha est décédée a été quelque peu secoué. Les rues étaient vides. A la télévision, on voyait des personnes pleurer, hurler, se flageller… partout dans les rues, des panneaux publicitaires avaient été érigés pour rendre hommage à celle que les tamoules appelait Amma (maman). Le deuil se vit différemment, en Inde.

Alertes cyclone

Après la révolution humaine, la révolution naturelle! Quelques jours après avoir repris les cours suite à la mort de Jayalalitha, on est à nouveau interrompus en classe. Il faut vider les lieux illico, un cyclone va pointer son nez.

OK, on fait quoi dans ces cas-là? Bah on éloigne tous les meubles et affaires des fenêtres, on ferme bien les dites fenêtres et les portes, on coupe l’électricité et on rentre se terrer chez soi. Le gouvernement ferme les écoles pendant 3 jours. Tout s’arrête. Décidemment…

Finalement, on l’a attendu, ce cyclone… il portait bien son nom: Nada. Il ne s’est jamais pointé. On en a eu deux, des alertes cyclones comme ça: la vie s’arrête, c’est assez impressionnant. Et tous les attendaient vraiment: il y avait besoin d’eau, la sécheresse menaçait. Encore aujourd’hui, on ne sait dire si on est soulagés de ne pas avoir vécu un cyclone ou si on est déçus…

De belles rencontres!

Et oui, on en a vécu des choses à Pondy! Et on a surtout fait de belles rencontres… on pense bien sûr à notre expérience de bénévolat à la Sathyalayam School et Om Shanti (lire l’article), mais aussi à toutes les personnes qu’on a rencontrées à la Swades Guesthouse: Alexandra du blog Eye on the Globe, en plein tour du monde en solo, Isabelle et Thierry, en tour du monde en couple, tout comme Ollie et Anna, Carmen, qui faisait un stage d’ostéopathie à Auroville, Fleur qui faisait un stage ayurvédique, et bien évidemment Christine et Béa, deux supers nanas et voyageuses chevronnées avec qui on a bien rigolé et passé de super moments. Passionnées par l’Inde, elles nous ont appris beaucoup sur leur manière de voyager et leur expérience du monde en général.

C’est ça, le voyage.

C’est ça aussi Pondy, Baby.

Pour savoir quoi faire à Pondichéry, consultez notre article!

Pour en découvrir davantage sur l’Inde du Sud, consultez notre dossier!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *