Om Shanti Heart

Ce que nous retenons de notre expérience TWAM à Pondichéry

Emmanuel:
Ces deux expériences distinctes, d’un côté avec des enfants, de l’autre avec Jeni, la professeur de Om Shanti, m’ont énormément appris. D’une part, il a fallu s’adapter puisque je ne savais que rarement à l’avance quelle classe j’allais avoir. C’est donc arrivé plusieurs fois que je prévois une activité pour la journée avant de me retrouver devant une classe avec qui je l’avais déjà faite! Il fallait aussi s’adapter au niveau des classes et individuellement des élèves.

Puis que ce soit avec Jeni ou avec les enfants, il fallait régulièrement leur faire accepter que ce n’était pas grave de se tromper et leur faire surmonter leur timidité. En effet, il est culturellement compliqué en Inde de faire des erreurs, donc ils préféraient souvent ne rien dire ou répéter ce que venait de dire le voisin plutôt que de risquer de se tromper.

Etant donné leur habitude d’apprendre par cœur des phrases toutes faites, les enfants n’avaient souvent pas les bases théoriques pour construire des phrases différentes, donc par le jeu j’ai essayé de leur apporter quelques éléments comme la notion de « sujet, verbe, complément » pour les aider à construire de nouvelles phrases. J’ai aussi appris à imposer un minimum de discipline, ce qui n’était pas toujours simple!

Avec Jeni, j’ai eu l’impression d’en apprendre au moins autant qu’elle. Tandis qu’elle a fait de gros progrès en anglais (et en confiance en elle pour parler la langue), les discussions avec elle m’ont beaucoup appris sur la culture et la société indienne, sans compter que nous avons maintenant de bons amis à Pondichéry!

Stéphanie:
L’expérience, dans les deux établissements, m’a fait grandir. J’ai beaucoup appris sur moi et sur mon rapport à l’autre, et ai amélioré ma communication.
On apprend beaucoup sur une culture grâce au dessin. Par exemple, le premier cours que je donne est toujours le même: je dessine ma maison au tableau, et demande aux élèves d’en faire de même. Cela permet de briser la glace et de pointer les différences culturelles pour amorcer un échange, la confiance suit. Ils se sentent valorisés, car on leur demande de se raconter.
Au début, ils commencent par recopier ce que j’ai dessiné au tableau, et ne comprennent pas tout de suite que ce n’est pas ce qui m’intéresse… une fois qu’ils ont compris que c’est à eux de jouer, on ne les arrête plus! Dans chaque maison dessinée, il y avait un ventilateur au plafond, et pour la plupart une télévision dans la pièce principale, comme une fenêtre sur le monde. Mis à part cela, pas grand chose… pour les plus aisés, une ou deux motos. Leur rapport à la nature est important: à côté de chaque maison, il y avait des fleurs et des arbres fruitiers, quelques animaux. Tous ont dessiné leurs parents, frères et soeurs: ils sont fiers de leur famille! Plus tard, lorsque nous nous sommes baladés dans le village, nous sommes tombés sur des maisons faites de branchage, de bâches et de sacs plastiques: quelques élèves y étaient. C’est là que j’ai pris conscience que leurs maisons n’étaient pas toutes faites en dur, loin s’en faut… mais tous ont été fiers, par le biais du dessin, de m’offrir un petit bout de leur vie.

Beaucoup vivent des situations qu’on n’imagine pas… un jeune garçon avait une grosse balafre dans le cou, et lorsque nous avons dessiné une souris ensemble au tableau, il s’anime et m’explique que, plus jeune, il a été mordu par un rat, en me montrant sa cicatrice… En discutant avec le personnel encadrant, on comprend que les castes ont encore la vie dure, et que les drames familiaux sont monnaie courante: beaucoup de mères de famille ont été abandonnées par leur mari pour une femme plus jeune, ou les parents ont été rejetés par leur famille car ils ont fait un mariage d’amour et ne disposent d’aucune aide… Le mariage arrangé est encore la norme en Inde, et l’amour fait des dégâts. Sans compter les ravages de l’alcool.

Je faisais attention à ma tenue lorsque j’allais en classe: pantalon large jusqu’aux chevilles, t-shirt pour couvrir les épaules et pas de décolleté. Malgré tout, je me suis faite reprendre par une jeune fille car un jour, j’avais mis un t-shirt qui découvrait ma peau 5cm en-dessous de mes clavicules: « il y a des garçons dans la salle, madame, ce n’est pas bien! ». A partir de ce moment, rouge de honte, je n’ai plus quitté mon écharpe pour réparer mon offense. On a des idées préconçues sur les règles de bienséance lorsqu’on l’on va dans un pays qui n’est pas le sien, et même si on pense faire attention, on n’a pas toujours l’attitude juste… ce n’est qu’au contact des personnes qu’on peut s’adapter. Le voyage force l’humilité!

En revanche, les jeunes filles m’ont demandé plusieurs fois pourquoi je ne mettais pas de boucles d’oreille… la coquetterie est également un signe de respect, de soi et des autres. Je me suis donc pliée à leurs remarques pour leur faire plaisir: elles étaient si fières de moi! C’est avec de petits détails que l’on construit le respect mutuel. Quant à mes tatouages et mes yeux bleus, même au bout d’un mois, cela suscitait toujours autant de curiosité: tandis que les petits redessinaient mes tatouages du bout de leurs doigts, les plus grands me lançaient des défis pour que je leur prouve que je ne portais pas de lentilles… notre complicité s’est construite sur nos différences.

Le contact et les échanges avec le personnel encadrant ont été également très riches d’enseignement pour moi: on observe comment ils travaillent et on apprend d’eux. Soeur Jeanne, Charmil, Britto et Amélie d’Om Shanti ont partagé avec moi leurs connaissances du métier, de la structure, mais aussi de la culture indienne: je suis repartie avec un savoir précieux! Un savoir que j’utilise désormais dans mon activité d’accompagnement et de développement de projets locaux, sociaux et solidaires, que j’exerce dans le cadre de ma petite association créée en mai 2015.

Le départ a été difficile… je me suis attachée aux gens: avec les adultes, c’est plus simple, car ils avaient compris qu’on partirait à un moment donné, et nous avons gardé contact. Avec les enfants, cela a été plus compliqué, même si on leur répétait qu’on partait bientôt. J’ai fait l’erreur de me rapprocher d’une jeune fille en particulier, Sita. Elle a pleuré au moment du départ, je me suis sentie très triste, et je me promets désormais de garder davantage de distance avec les enfants pour ne pas les faire souffrir d’une absence: l’objectif n’est pas là, bien au contraire.

Malgré tout, j’ai su que j’avais fait du bon travail lorsque, au moment de partir, la Head Mistress de Sathyalayam School, qui était restée très distante et professionnelle jusque là, m’a serré la main puis m’a prise dans ses bras et serrée fort contre son coeur. J’en garde un souvenir ému.
Quant à Om Shanti, ils nous ont offert la plus belle fête d’adieu dont on aurait pu rêver: nous avons eu chacun des cadeaux personnels, et les enfants nous ont fait un magnifique spectacle, rien que pour nous! On a dansé ensemble, pour se dire au revoir dans la joie et la bonne humeur…

Pour en savoir plus sur nos actions et les organismes de notre TWAM à Pondichéry, c’est ici!

Pour savoir comment choisir son bénévolat en voyage, on vous partage notre expérience et nos conseils!

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