Om Shanti student

Bénévolat en voyage: comment choisir? Notre expérience TWAM à Pondichéry

Nous avons eu la chance de vivre la toute première expérience TWAM de notre long périple à Pondichéry, dans le Tamil Nadu. On dit chance, car d’une part, comme Pondichéry est un ancien comptoir français, on avait nos repères culturels bien à nous pour nous immerger, en douceur, dans la culture indienne lors de nos heures de bénévolat. Et d’autre part, nous avons pu donner de notre temps pendant un mois non pas dans une, mais dans deux structures locales! Chanceux, on vous dit.

Qu’est-ce que le twaming?

Comment nous avons trouvé notre mission à Pondichéry
En préambule
Se poser les bonnes questions
Et c’est parti!

Bonus: on a répondu aux questions à se poser avant de faire du bénévolat!

Qu’est-ce que le twaming?

Le twaming est un concept de voyage utile, qui permet à des voyageurs comme nous de s’investir sur la route dans des organisations locales et de mettre ainsi leurs compétences à profit. C’est notamment sur la plateforme Travel with a Mission que vous pouvez contacter les structures qui ont besoin de compétences spécifiques. Ce peut être une intervention de quelques heures, pour sensibiliser à l’environnement par exemple, ou pour une plus longue durée. Cela dépend des besoins, de votre disponibilité et de votre engagement.

Le twaming est une alternative responsable au volontariat, bien trop souvent sujet aux dérives du volontourisme. Avec TWAM, vous ne proposez que des interventions en ligne avec ce que vous savez faire et connaissez bien, sans perturber l’organisation qui est en place. Vous ne remplacez personne, vous faites juste profiter, bénévolement, de vos connaissances! Vous organisez, en quelque sorte, des ateliers, pour apporter un plus.

Sensibles à l’éducation pour tous et à l’échange culturel, nous avons fait le choix de nous investir dans la durée (enfin, dans la durée, tout est relatif! Mais l’impact a sans doute été plus bénéfique que si nous n’étions intervenus qu’une heure) en restant 1 mois à Pondichéry pour intervenir dans les structures qui nous ont accueillies! Et ce fut un véritable bonheur… riche en rencontres, en expériences et en enseignements. Des leçons de vie qui vous rappellent ce qu’est l’humilité et le sens des valeurs.

Comment nous avons trouvé notre mission à Pondichéry
En préambule

Le bénévolat, et a fortiori le bénévolat à l’étranger, n’est pas une affaire à prendre à la légère: l’éthique, et vous vous en rendrez compte (ou vous en êtes déjà rendus compte), peut être sérieusement mise à mal. Combien de voyageurs avons-nous croisés sur la route qui ont fait du bénévolat en donnant des cours d’anglais, alors qu’ils ne maîtrisent pas eux-mêmes la langue anglaise? Ou alors qui ont fait des constructions de bâtiments sans avoir d’expérience ou de connaissances en architecture ou en maçonnerie, et qui ont fini par aller chercher des tutoriels sur internet?

Il ne s’agit pas là de remettre en question la générosité, l’envie de bien faire et de partager; autant de motivations qui sont pleines de bonnes intentions et donc louables. Il s’agit là, avant de s’engager dans du bénévolat, de se poser les bonnes questions et parfois les questions qui fâchent, les questions qu’on n’aimerait pas se poser. Car on voudrait juste profiter de cette expérience de bénévolat comme une expérience « cool » pour rentrer chez nous avec de bons souvenirs, le coeur un peu moins lourd de cette culpabilité qui nous ronge lorsqu’on se trouve confrontés à la misère qui gangrène certains pays que l’on visite avec notre sac sur le dos.

Car oui, nous sommes privilégiés. Et en voyage, nous sommes confrontés à des situations de misère, de gens dans le besoin, de mendicité… autant de situations qui nous poussent à vouloir faire quelque chose, nous rendre utile, à notre échelle et à notre mesure. « On ne changera pas le monde mais on contribuera à le rendre un peu meilleur, et c’est déjà beaucoup! Donc on va donner de notre temps, partager ce qu’on peut, des connaissances, même basiques, car c’est mieux que rien ». WARNING!

En réalité, c’est plus compliqué que ça… nous ne prétendons pas détenir la vérité, les domaines de l’humanitaire, du développement et du développement intégré, de l’éducation, sont des domaines bien trop complexes et surtout sont des domaines d’expertise. Nous souhaitons vous partager nos expériences et nos réflexions, initiées depuis plusieurs années déjà, quant au bénévolat à l’étranger (réflexions, on le précise, nourries de nombreuses lectures sur le sujet et d’échanges avec des bénévoles expérimentés ou des dirigeants d’ONG). Vous vous dites que ce que vous ferez ce sera déjà mieux que rien, mais dites-vous aussi que les populations à qui vous allez vous adresser méritent, comme vous, le meilleur. Accepteriez-vous de prendre des cours de japonais donnés par une personne qui ne parle pas japonais et qui n’a jamais donné de cours de sa vie? Vous pensez que vous allez progresser et que ça va vous être utile, surtout si vous changer de « professeur » toutes les deux semaines et que chacun vous enseigne un peu ce qu’il veut? Il y a de fortes chances pour que vous revoyiez 5 fois de suite l’alphabet (remarque, pour apprendre le japonais, c’est pas si mal, me direz-vous…).

Donc oui, il y a beaucoup des choses à faire, et si chacun s’y met, on peut oser penser qu’on changera les choses et que le monde deviendra meilleur. Mais avant de se lancer, et pour donner le meilleur de soi-même, il faut avant tout accepter une réalité: le bénévolat, on le fait avant tout pour soi.

Se poser les bonnes questions

Ilyas, la personne qui nous a permis de trouver notre expérience TWAM à Pondichéry, nous a d’entrée de jeu posé la question: « Tu veux quoi? Tu as envie de quoi? Qu’attends-tu de ton expérience? Parce que tu me dis ce que tu fais comme action bénévole, de la peinture avec les enfants tout ça ok c’est bien, mais c’est pas l’important ».

Je dois avouer (Stéphanie), que je ne m’étais jamais sérieusement posé la question. Si je donne des cours de dessin, de peinture et d’expression artistique, c’est parce que je le faisais déjà bénévolement en France avec la petite enfance, et que j’ai continué à le faire avec les enfants lors de mes voyages.

Les arguments que je donnais jusqu’à présent étaient basiques: transmettre aux enfants la créativité, leur ouvrir les portes sur l’expression, les valoriser par des activités extra-scolaires sans les noter ou juger sur leurs performances. Leur permettre d’être libres, de s’affirmer. Chose qui s’apprend, contrairement à ce que vous pouvez penser! Et chose qui s’apprend d’autant plus dans un pays où le système éducatif favorise le par-coeur et la récitation. Mais bon, ces arguments ne suffisent pas quand on veut faire du bénévolat à l’étranger auprès de populations défavorisées.

Ilyas nous a donné 2 jours pour réfléchir… c’était coton car cela nécessite une introspection, mais c’est la bonne démarche à adopter. Avec le recul, les différentes expériences et réflexions sur le sujet, on vous conseillerait de répondre à ces différentes questions avant de vous lancer dans une expérience de bénévolat à l’étranger:

« Qu’est-ce que j’attends de mon expérience? »
« Que suis-je prêt(e) à donner? Pourquoi? Comment? Et à qui? »
« Quelles sont mes valeurs? »
« Que suis-je prêt(e) à accepter? »
« Quelles sont mes compétences? »
« Suis-je la bonne personne pour ce poste? »

Bah oui, ce sont des questions qu’on se pose avant d’aller à un entretien d’embauche. Pourquoi est-ce que ce serait différent pour une mission bénévole, après tout? En répondant à ces questions, vous prendrez conscience que votre action aura un impact, et que les conséquences ne seront pas forcément bonnes. En tant que bénévole, assurer une mission pour laquelle on n’a pas les compétences peut avoir un effet désastreux, pour les personnes que l’on souhaite aider à l’origine, mais aussi pour soi. Répondre à ces questions vous permettra également d’éviter les structures qui font du bénévolat un business. Il est souvent tout à fait légitime qu’une organisation vous demande une participation pour « couvrir vos frais quotidiens », ceci pour éviter que vous ne soyiez un coût, car elles ont souvent des ressources  limitées. Toute la question est donc de savoir si votre participation leur fait gagner de l’argent. A titre d’exemple, si on vous demande l’équivalent d’une nuit en guesthouse en $/jour, c’est en général qu’on se fait de l’argent sur votre dos. Attention aux organisations qui vous placent vaille que vaille à un poste pour lequel vous n’avez pas les épaules, ou qui brassent d’innombrables bénévoles comme si on était au Club Med.

De plus en plus d’organismes travaillent à sensibiliser la population aux dérives du volontourisme, voici un spot très parlant de Solidarités International qui vous fera, on l’espère, rire et réfléchir!

2e erreur de ma part, j’ai posé la question à Ilyas: « de quoi ont-ils besoin? ». Ilyas a ri. « Si tu poses la question aux assos, elles te répondront toutes la même chose: elles n’ont besoin de rien, si ce n’est d’argent! ». Et oui, c’est une réalité. Les ONG ont avant tout besoin d’argent, car c’est le nerf de la guerre pour mettre des programmes en place, construire des infrastructures, et recruter les experts dont ils ont besoin. L’argent n’est pas un gros mot, s’il est utilisé à bon escient, c’est aussi une bonne solution pour les aider dans leurs actions et être bénéfiques aux populations dans le besoin. On peut penser que l’aide en nature est plus noble, mais ce n’est pas tout à fait exact: si on n’a pas les compétences pour aider et avoir un impact positif, qui a du sens, mieux vaut encore faire des dons. Tout le monde n’a pas la chance d’être médecin! Personnellement, c’est une chose que nous faisons aussi, et nous donnons à différents organismes depuis plusieurs années.

Et c’est parti!

On a pris le temps de réfléchir, et on est revenus vers Ilyas en lui disant qu’on voulait travailler dans une école. Tous les deux, nous avons des parents professeurs: nous sommes donc particulièrement sensibles à l’éducation, et notamment à l’éducation pour tous. L’important pour nous était d’intervenir dans une structure bien établie, qui peut fonctionner sans nous, qui ne nous attend pas, mais qui voit un intérêt à ce qu’on organise des activités avec eux pour leurs élèves. Une structure où les échanges seraient sains et constructifs, d’égal à égal.

On souhaitait également s’investir dans une structure locale, et c’est aussi en cela qu’Ilyas nous a été précieux. Ilyas, bien investi et intégré dans le milieu des actions sociales et solidaires de Pondichéry (on vous laisse lire l’article sur le personnage!), prend son téléphone et nous obtient un rendez-vous dès le lendemain matin dans ladite école. Il est plus facile de trouver une organisation qui vous correspond lorsque vous êtes introduits: c’est d’ailleurs pour cela que nous avons pris le parti de trouver nos missions sur place, en se renseignant sur le terrain, et sans s’engager à l’avance.

Prêts à l’heure indiquée, Ilyas, qui nous a commandé un rickshaw, lui indique en tamoul l’adresse et on comprend le mot « school ». 10 à 15 minutes plus tard, nous voici débarqués devant un établissement avec des fresques d’enfants sur les murs blancs: comme c’est joli, on va être bien ici! On rentre, on se présente avec enthousiasme au premier mec que l’on croise dans l’école, et on voit bien qu’il n’est pas au courant. Qu’à cela ne tienne, on raconte notre vie, jusqu’à se rendre compte, après 3 bonnes minutes de conversation, que nous ne sommes pas au bon endroit… Le rickshaw s’est trompé! Tout penauds, on se confond en excuses, on se dirige vers la sortie et là on se rend compte qu’on ne connaît même pas le nom de l’établissement où nous sommes attendus… du coup on revient sur nos pas et on demande au gentil monsieur s’il n’y a pas une autre école dans le coin. Il nous invite à nous asseoir dans la « salle des profs », et là nous discutons avec le staff présent. Ils sont intéressés par ce qu’on a à offrir, le temps de notre passage à Pondichéry. On échange les contacts et on leur promet de réfléchir, on a besoin de savoir avant comment on peut s’organiser avec l’autre école (qui nous attend toujours, à ce moment-là on a 45 mn de retard! Pas top comme introduction…). C’est aussi en cela que choisir une mission de bénévolat sur place est sain: on peut prendre le temps d’échanger, de juger, de réfléchir, et de s’engager pleinement si les deux parties sont d’accord. Cette première école, c’est Om Shanti, et le premier mec qu’on a interpellé dans le couloir, c’est Britto, un pilier de la structure, et une personne qu’on porte désormais dans notre coeur!

On quitte Om Shanti et Britto pour rejoindre l’autre école à pied, dont on connaît désormais le nom: la Sathyalayam School. Les deux organisations sont à 5 minutes à pied l’une de l’autre, et on la trouve facilement. Lorsqu’on arrive, la Head Mistress avec qui on avait rendez-vous n’est pas là, elle est à la banque pour régler des problèmes d’argent (on était alors en pleine démonétisation, quelques jours à peine après l’annonce du premier ministre Modi, on vous raconte ça dans notre article dédié à Pondichéry). Celle qui semble être son bras droit nous accueille chaleureusement, et nous fait visiter l’école, classe par classe. Nous sommes conquis. Les élèves sont studieux, disciplinés, souriants, curieux, joueurs, fiers. On passe bien 1h30 avec eux, et on convient avec la professeur de revenir le lendemain pour déterminer, avec la Head Mistress, le cadre de nos interventions.

Finalement, on décide de donner de notre temps dans les deux établissements: nous serons occupés, pour un mois, tous les après-midi et le samedi matin. Nous avons pris le temps de réfléchir et d’échanger pour que tout se goupille bien et soit utile à tous!

Bonus: on a répondu aux questions à se poser avant de faire du bénévolat!
Stéphanie:

« Qu’est-ce que j’attends de mon expérience? »
Un échange interculturel, dans une organisation qui met en place des actions sociales, afin d’être utile à ma mesure. Mieux appréhender la culture du pays dans lequel je voyage. J’attends de l’échange et de l’entraide, je ne souhaite pas être livrée à moi-même pour éviter toute erreur.

« Que suis-je prêt(e) à donner? Pourquoi? Comment? Et à qui? »
Je suis prête à donner de mon temps, mon énergie, ma ténacité et ma bonne humeur dans un cadre établi (en nombre d’heures et en contenu de mission). Je souhaite me rendre utile auprès de populations défavorisées, dans la limite de mes compétences. Quels que soient l’âge et le sexe des personnes dans le besoin, mais de préférence dans une structure locale, qui est pensée par les locaux et bénéficie aux locaux.
Apporter un plus et ne remplacer personne, suivre un programme défini et rapporter à un encadrant supérieur expérimenté et partie prenante de la structure, pour que mon intervention ait du sens.

« Quelles sont mes valeurs? »
Le partage, la solidarité, des valeurs associatives qui m’ont été transmises par ma mère. Le respect et l’humilité. L’éthique et l’équité. Le travail en équipe et le transfert de compétences.

« Que suis-je prêt(e) à accepter? »
Je suis prête à accepter une mission qui intervient dans une structure saine et pérenne, où le bien fondé des actions est pensé dans la durée. Cette structure ne doit pas, pour répondre à l’éthique, exploiter qui que ce soit ou détourner des fonds.
Je suis prête à faire quelques heures supplémentaires selon les besoins.
Je ne suis pas prête à payer cette expérience, excepté pour couvrir mes frais quotidiens pour ne pas être un poids financier pour la structure.
Je ne suis pas prête à accepter une mission dans une structure qui ne fonctionne qu’avec des bénévoles de passage.
Je ne suis pas prête à accepter une mission qui dépasse mon domaine de compétences: je n’ai par exemple pas les compétences pour enseigner l’anglais, ou pour encadrer des personnes handicapées. Je ne pense pas non plus être la meilleure personne pour enseigner le français: c’est ma langue maternelle, mais je n’ai reçu aucune formation pour l’enseignement, et c’est un métier!

« Quelles sont mes compétences? »
La gestion de projet, le management, la communication, le crowdfunding, les cours d’arts plastiques.

« Suis-je la bonne personne pour ce poste? »
En l’occurrence, pour donner des cours d’arts graphiques et plastiques, oui, j’ai l’expérience qu’il faut.

Emmanuel:

« Qu’est-ce que j’attends de mon expérience? »

Apporter une petite contribution à mon échelle en aidant à l’apprentissage de l’anglais. En même temps, en retirer une certaine fierté et en apprendre plus sur la culture indienne et ses coutumes.

« Que suis-je prêt(e) à donner? Pourquoi? Comment? Et à qui? »

Du temps et de l’énergie car j’en avais à disposition, et que je voulais faire quelque chose pour aider des jeunes défavorisés à mieux parler anglais. D’autant plus que l’anglais devient de plus en plus discriminant en Inde, étant désormais presque un pré-requis pour accéder aux meilleurs métiers. Or les enfants les plus défavorisés n’ont que peu accès à des cours leur permettant de vraiment maîtriser la langue.

« Quelles sont mes valeurs? »

La solidarité, l’entraide, l’égalité des chances, l’envie d’échanger et de transmettre mes connaissances.

« Que suis-je prêt(e) à accepter? »

Beaucoup, mais je ne pensais pas être utile en donnant des cours de base, ce que les professeurs en place faisaient déjà. J’ai donc insisté pour passer mon temps avec les élèves plus âgés, qui avaient déjà un minimum de niveau, pour les aider à progresser. C’est là où je pensais pouvoir être le plus utile.

« Quelles sont mes compétences? »

Un bon niveau d’anglais, une envie d’échanger avec l’autre et de transmettre un peu de savoir.

« Suis-je la bonne personne pour ce poste? »

L’idée n’était pas tellement de leur proposer des cours théoriques d’anglais, ce pour quoi je n’ai pas la formation nécessaire, et qui aurait fait doublon avec les cours que les enfants avaient déjà. Par contre, étant un native speaker, je me sentais à même de leur faire pratiquer la langue de manière concrète, tout en étant capable de leur apporter les explications théoriques lorsque c’était nécessaire. Ces « cours » se faisaient l’après-midi, moment consacré à des activités alternatives aux cours purs (dessin, arts plastiques, jeux…), et ne perturbaient donc pas leur cursus habituel.

Pour en savoir plus sur nos actions et les organismes de notre TWAM à Pondichéry, c’est ici!

Pour en savoir plus sur ce que nous retenons de notre twaming à Pondichéry, consultez l’article!

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