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Conduire en Inde, on l'a fait!

Beaucoup disent qu’on n’a pas vraiment voyagé tant qu’on n’a pas voyagé en Inde. On osera même dire que l’on ne sait pas vraiment conduire tant que l’on n’a pas conduit en Inde. Nombre de voyageurs aguerris conduisent en scoot ou à moto en Asie du Sud-Est: on sait que déjà là, il faut être vigilant à tous les instants car la circulation est chaotique. Eh bien, on vous le dit sans exagérer, cela n’a simplement rien à voir avec la conduite en Inde! En matière de conduite, les indiens redéfinissent le concept de bordel organisé, défient les lois de la physique et ignorent ce qu’on appellerait les règles élémentaires de sécurité.

Alors on avoue, on a été petits joueurs, se contentant de scooters automatiques et n’osant pas chevaucher une belle Royal Enfield pour braver les routes trouées (peut-être la prochaine fois… on a bien envie de rouler sur cette moto, véritable fierté nationale!). Mais déjà, on peut vous dire que rien qu’en scooter automatique, c’est suffisant pour vivre de belles, et parfois effrayantes, aventures.

Si vous aussi vous voulez le tenter, et on vous le conseille, voici quelques principes et règles à avoir en tête pour survivre sur les routes indiennes. Au-delà bien sûr du fait qu’on roule à gauche en Inde (et encore, pas toujours!), il vous faudra intégrer quelques réflexes et anticiper l’inanticipable. A noter que ces précieuses informations serviront également aux piétons!

I) Les véhicules que vous croiserez sur la route en Inde

II) Aimer le klaxon

III) C’est toujours le plus gros qui passe

IV) Ne présagez de rien: c’est du vécu

V) Conduire la nuit en Inde

VI) Savoir s’imposer sur la route en Inde

Les véhicules que vous croiserez sur la route en Inde

En Inde, plus qu’ailleurs, vous croiserez vraiment de tout sur les routes. Tout d’abord, sachez que pratiquement tous les véhicules, et surtout ceux des chauffeurs professionnels, ont des amulettes. On citera par exemple le citron et les piments accrochés à l’arrière du véhicule avec un fil de fortune, les symboles dessinés sur la carrosserie (comme des yeux, par exemple), ou encore les chaînes pendantes sur le pare-chocs… tout ça pour se protéger des accidents. « Ah bon? La vigilance ne suffit pas? ». Au bout de quelques minutes sur les routes indiennes, vous vous direz que non, en effet, ce n’est pas surperflu!

Pour commencer, tant qu’à faire, on va commencer par les plus gros: les camions! Tous ou presque sont relookés par leur chauffeur, le truck wala. Pour le truck wala, son camion est à la fois sa femme et sa maison (d’ailleurs ils leurs donnent toujours un petit nom féminin).

Ces véhicules, qui vont du semi-remorque au petit camion, sont en général chargés plus qu’humainement possible, ont des cargaisons qui débordent de tous les côtés, et transportent par-dessus le marché quelques ouvriers. On se demande toujours comment ils font pour tenir au-dessus de ces chargements impossibles, d’ailleurs… Les camions roulent en général sur la voie rapide, même à 20 à l’heure, pour éviter d’avoir à contourner les obstacles sur la voie de gauche. Habituez-vous à les doubler par la gauche. Il n’y a rien d’hérétique là-dedans, mais restez prudents: c’est pas le piment qui tient le volant.

Les bus, eux, sont un peu moins stylisés: les customisations se concentrent davantage autour du chauffeur lui-même. Encore que, certains bus privés semblent avoir dévalisé une usine de LED pour s’illuminer de toutes les couleurs… Au moins, vous nous direz, on les voit arriver de loin…

Puis viennent les voitures et 4×4, normalement plus sobres, les rickshaws ainsi que les deux roues, de la flamboyante Royal Enfield à la pétrolette d’un autre âge, en passant par les vélos, qui, Inde oblige, s’amusent aussi à rouler sur l’autoroute. Quand autoroute il y a. Vous remarquerez qu’en matière de deux roues, les indiens ne rigolent pas: ce sont des motards, des vrais! Anticipez donc le fait qu’ils doivent changer de vitesse… Les Ambassadors quant à elles, ces voitures mythiques indiennes, ne roulent qu’en ville: pour la plupart, elles ont été reconverties en taxis.

Arrivent enfin les véhicules hors catégories: les camions qui ne sont plus qu’un moteur et un volant sur un châssis, les tracteurs (ou sapins de Noël… ils ont tellement de guirlandes qu’on ne sait plus) et véhicules en tous genres, les piétons (là aussi, vous en verrez longer les voies et traverser à tout moment même sur l’autoroute). Sans compter les animaux à poils, à plumes, grands et petits, que l’on contourne soigneusement sans s’étonner. Et quand c’est une vache, on ne la brusque pas, on ne klaxonne pas (pour une fois!), et si on ne peut pas la contourner, on attend patiemment qu’elle passe son chemin. Voyez, ce n’est pas si anarchique que ça!

Bon, on a quand même oublié de vous dire une chose… les indiens roulent vite. Enfin, trop vite pour l’état des routes et la densité du trafic en tout cas. On redouble de vigilance!

Aimer le klaxon

On a lu quelque part qu’un indien klaxonne autant en une journée qu’un américain en une année. Et effectivement, les routes et villes indiennes ont une constante: le tintamarre continu et assourdissant des klaxons. Les indiens aiment tellement klaxonner que beaucoup customisent le son de leur klaxon, voire en ont plusieurs, tous différents. Alors, on avoue qu’on n’a toujours pas compris la signification des différentes sonorités, mais il y en a sûrement une. Parce que quand même, s’ils s’en servent abondamment, pour dépasser, rouler à contre sens, traverser une intersection à pleine vitesse, c’est qu’il doit y avoir un code du klaxon. Et quand les plus accros ne relâchent pas un instant le klaxon sur toute leur route, ça veut dire quoi, alors?

Bref, conduire en Inde, c’est s’adapter et adopter le klaxon à chaque mouvement. Que ce soit pour dépasser, s’énerver quand il y en a un qui passe un peu trop près, se faufiler entre les voitures, signifier aux piétons de dégager vite fait le chemin etc. Et avec la pratique, vous finirez par klaxonner pour dire à celui de devant « roule plus vite! ». En conclusion, le klaxon c’est que du bon!

C’est toujours le plus gros qui passe

Si vous conduisez en Inde, vous serez à priori en moto ou en scoot, donc plutôt dans les petits véhicules. Alors de grâce, si vous tenez à votre peau, rappelez-vous qu’en Inde, point de priorité à droite, c’est toujours la loi du plus fort qui prévaut. Donc si vous voyez un véhicule plus gros qui accélère derrière vous, a fortiori un bus ou un camion, d’abord ne sursautez pas en entendant une corne de paquebot derrière vous et surtout dégagez vous de là aussi vite que possible, parce qu’il va passer, que vous dégagiez ou pas!

Ne présagez de rien: c’est du vécu

Vous êtes tranquillement sur une route à sens unique ou alors une voie où le dépassement est interdit. En toute logique, vous vous dites qu’il n’y a aucune chance qu’une voiture arrive en face à toute blinde?
FAUX, la signalisation est optionnelle en Inde, et si prendre une route à contre-sens ou dépasser en plein virage dangereux peut lui faire gagner 30 secondes, croyez bien qu’un indien en profitera.

Vous êtes sur une route étroite de montagne où il est impossible pour deux voitures de se croiser?
FAUX, tout est possible en Inde, et vous pourrez voir deux bus se croiser sur cette même route sans ralentir une seconde, même dans un virage sans visibilité. Et en général, ça passe! Y’a du Shiva là-dessous…

Vous arrivez à un feu, vert pour vous, et vous vous dites donc que vous pouvez traverser tranquillement?
FAUX, les feux de circulation sont plus une suggestion qu’autre chose, donc un bus ou un camion peut arriver, accompagné de moults klaxons avertissant qu’il y va allègrement.

Vous êtes sur une autoroute et vous vous concentrez sur la circulation autour de vous?
FAUX, un piéton, une vache, voire un éléphant peut décider de traverser la route juste devant vous. Pourquoi pas, après tout?

Une voiture sur votre gauche a mis son clignotant à gauche donc vous doublez tranquillement?
FAUX, déjà les clignotants restent un concept vague en Inde, donc s’il y en a un, c’est sans doute une erreur. La voiture peut aussi bien tourner à gauche, continuer tout droit, ou vous faire une queue de poisson. Oui, c’est vache.

Vous êtes sur une petite route de campagne, au milieu de nulle part, vous vous dites que vous pouvez accélérer un peu?
FAUX, On vous le rappelle, n’importe qui ou n’importe quoi peut surgir de nulle part. Et surtout, sachez qu’il y a de féroces dos d’âne en Inde, en série de 2 ou 3 pour être sûr que vous allez bien prendre votre envol. Même au milieu de nulle part.

Conduire la nuit en Inde

Alors là, en fait, si vous n’êtes pas suicidaire, on évite à tout prix de conduire la nuit en Inde! Entre les routes qui ne sont pas éclairées, les nids de poule et ralentisseurs qui sortent de nulle part, les bus de nuit et les camions qui se prennent pour des pilotes de Formule 1, les véhicules en tout genre qui roulent sans phare, y compris à contre-sens, conduire la nuit est réservé aux fans des sports les plus extrêmes. Voilà c’est dit.

Savoir s’imposer sur la route en Inde

Cette dernière partie est sans doute la plus compliquée. D’un côté, personne ne vous laissera passer par courtoisie, et on n’hésitera pas à vous rouler dessus pour gagner 2 secondes (vraiment on exagère à peine). Mais il faut quand même réussir à passer, tourner dans une intersection bondée, la traverser quand il n’y a pas de feu (et parfois même quand le feu est vert pour vous). Dans ce cas, il faut savoir s’imposer et garder en tête que rien n’arrête la circulation en Inde. Sauf une vache. Mais vous n’en êtes pas une.

Quand on est piéton et qu’on veut traverser, au mieux il y a la place pour y arriver sans risque. Si la circulation est plus dense, on peut toujours attendre qu’un indien plus courageux et plus habitué y aille et on le suit à la trace, mais sinon il faut y aller tout seul comme un grand. On marche d’un pas décidé, en regardant fixement les véhicules qui arrivent en face, on tend le bras pour leur dire stop, et on y va. Vous vous retrouverez sûrement à rejouer en live un niveau de Frogger, et à être bloqué quelques instants entre les véhicules qui filent autour de vous, mais pas de panique. Ils vous contourneront et il ne devrait rien vous arriver, tant que vous restez confiants!

Quand on conduit, le même principe s’applique, le klaxon en plus! On s’avance tranquillement pour tourner, on klaxonne régulièrement pour dire « Hey coco(nut), je vais y aller là » et on y va! S’il faut, on roule un peu à contre-sens pour y arriver, personne ne s’en offusquera.

Nous espérons que ce petit guide de survie sur la route vous aidera à revenir en un seul morceau. Bon, on vous a peut-être fait un peu peur, mais vraiment il y a de jolis paysages et scènes de vie sur les routes indiennes, donc partez à l’aventure quand même! C’est fantastique… et puis une fois que vous aurez bravé les routes indiennes, plus grand chose ne pourra vous faire peur!

Dernier détail: même si dans la plupart des régions les indiens ne mettent jamais de casque, celui-ci est officiellement obligatoire. Et vu qu’il y a en Inde environ 4 fois plus de morts par habitant sur les routes qu’en France (22 morts par heure pour près de 200 000 par an), mettez-en toujours un!

Pour en découvrir davantage sur l’Inde, consultez notre dossier!
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