Ilyas: il s'investit auprès des plus démunis à Pondichéry

Ilyas Zamil


Pays: Inde
Ville:
Pondichéry

Son projet: propriétaire de la Swades Guesthouse, Ilyas agit au quotidien et à sa mesure pour venir en aide aux plus démunis, via des associations ou par le biais d’initiatives personnelles!
Son objectif: d’aider, petit à petit, un plus grand nombre de personnes, avec l’idée de ne jamais dire non!

Ilyas, qui a eu 50 ans en janvier dernier, nous a appris beaucoup de choses sur l’entraide, la solidarité, et comment laisser la part belle à ces valeurs dans sa vie.

Nous cherchions une guesthouse pour passer une petite semaine à Pondichéry, pour nous reposer de notre mois et demi de bourlingue. Nous sommes allés visiter cette petite adresse familiale, recommandée par le Routard, et sommes tombés sous le charme. Dans le couloir du premier étage, sont affichés des panneaux, photos à l’appui, qui présentent des actions sociales, solidaires, et humanitaires. Pile ce qu’on cherchait! Le courant passe d’entrée de jeu.

Et plutôt que de rester une semaine, nous sommes restés 1 mois et dix jours, car c’est Ilyas, avec ses nombreux contacts dans le domaine, qui nous a trouvé notre première mission de twaming (bénévolat) du voyage!

C’est au cours d’une distribution de riz qu’il fait tous les vendredis depuis quatre ans maintenant, destinée à des familles pauvres du quartier et des environs, que nous nous sommes assis quelques instants pour en savoir plus sur lui et son moteur. Rétrospective, projets, et philosophie de vie.

Depuis combien de temps t’investis-tu dans des initiatives solidaires?

Quand je vivais en France, déjà, je faisais des envois réguliers d’argent ou de fournitures à mes contacts ici, à Pondichéry ou dans le pays, pour redistribuer aux plus nécessiteux, et pour combler des besoins suite à des catastrophes naturelles, comme des inondations ou des tremblements de terre.
En parallèle, je faisais également du parrainage d’enfants, avec Plan International.
Quand je suis revenu m’installer en Inde, c’était pour moi une volonté profonde, une vocation que de redistribuer aux plus pauvres, de manière concrète et directe. J’avais cet objectif précis de m’investir et de donner sur le terrain. Je ne savais pas encore de quelle manière, je n’en avais aucune idée, mais je me suis dit que je trouverai bien un moyen.

Et c’est ce qu’il s’est passé: les choses se sont faites d’elles-mêmes, petit à petit, en bonne intelligence et avec cohérence.

Au début, c’est vrai, c’était un peu décousu! Mais avec la guesthouse, des touristes qui venaient chez moi cherchaient à s’investir dans des causes, des actions humanitaires, pour aider et se rendre utiles.

C’est comme ça que j’ai construit mon réseau, en contactant des associations, des écoles, des centres pour enfants handicapés et autres. C’était en 2005. J’ai également intégré la même année le Rotary Club comme membre, ce qui m’a ouvert des portes, pour des actions de plus grande envergure, faites de manière collective.

L’action collective joue donc un grand rôle?

Oui, j’avais d’un côté les guests qui venaient chez moi, en demande, et le Rotary Club, qui avait des actions à mener… J’ai pu combiner les deux! J’ai joué le rôle d’acteur et d’intermédiaire.

L’action de groupe est très importante. Chaque année, j’ai un groupe d’environ 12 jeunes qui viennent via le comité d’entreprise de l’ORTF, au mois de juillet. A travers diverses associations, nous avons pu réaliser ensemble des travaux de peinture, des travaux tout court… tout se combine pour plus d’impact.

Ce sont les rencontres, les belles rencontres, qui font que tu fais de grandes choses, si j’ai bien compris?

Tout à fait. Quand j’ai construit ma deuxième Guesthouse, Aadhaar, un peu excentrée de Pondichéry, j’ai fait, la première année, la rencontre de deux sœurs. Elles sont venues me voir en me disant: « Vous recevez plein de monde chez vous, auriez-vous la possibilité de nous aider? » Et voilà, c’est comme cela qu’avec l’une des sœurs, Sœur Rose, que j’ai monté un système de parrainage, pour une école de jeunes filles orphelines ou semi-orphelines. Le réseau s’est construit, peu à peu. On a réussi à parrainer plus de trente jeunes filles dans cette école, l’école St Matthias.

Avec une autre association, « Un pont vers l’Inde« , basée à Aix-en-Provence, en France, et le Rotary Club de Pondichéry, nous avons mené des actions de formation à la couture pour des femmes dans le besoin.

L’association française a fait une distribution de machines à coudre, et le Rotary a donné des cours de couture gratuits. Nous avons également fait des travaux de peinture, d’électricité, de cimenterie, donné des cours de ces métiers, et donné des cours d’organisation dans une crèche d’Etat. On a également mis en place avec « Un pont vers l’Inde » un parrainage de familles isolées.

Avec l’AHNEP, un groupe de 10 étudiants est venu avec du matériel médical, on a presque recréé un laboratoire, dans la maison d’en face! On a testé la glycémie, la tension, le poids, on a distribué des bonbons, des bananes, à des gens dans le besoin. Cette opération a été un franc succès. Même la TV est venue! En plus, avant de venir, l’AHNEP avait récolté 300 000 roupies pour financer une autre action: on a participé à la construction et à la rénovation d’un dortoir de jeunes filles dans l’école de Saint Matthias, avec Sœur Rose. Et on a distribué des vêtements, des peluches etc. Encore une très belle action collective!

L’année dernière, novembre 2015, il y a eu de grosses inondations… avec Bastien, un ami de Beaune, nous avions récolté près de 8 000 € en France, on a monté une grosse opération et on est venus en aide aux villages atteints par la catastrophe, en leur amenant des seaux remplis de denrées alimentaires. Une véritable aventure!

Et puis, ponctuellement, on finance des opérations de santé, ou on finance la rentrée scolaire d’enfants (uniformes, fournitures, ou on paie les premières mensualités de la scolarisation).

Rien n’est planifié, les choses se font d’elles-mêmes, de manière régulière, dans l’année on a plusieurs actions. Et tout cela fonctionne très bien!

En parallèle, à titre plus personnel, je redistribue à des familles des objets et fournitures que les guests me rapportent: jouets, peluches, vêtements, fournitures scolaires… A chaque fois, ces distributions rencontrent un vif succès.

Justement, tu parles de distribution: ce matin, comme tous les vendredis, tu as distribué du riz à des familles du quartier et des environs. Peux-tu nous en dire un peu plus sur cette action personnelle?

C’est venu avec l’Inde… la culture indienne m’a appris une tradition importante: à son anniversaire, ou à son anniversaire de mariage, la tradition veut que les personnes aisées distribuent, donnent aux pauvres. C’est de là que m’est venue l’idée, il y a quatre ans, juste avant le jour de mon 46e anniversaire, le 15 janvier 2013. Ce jour-là, j’ai distribué 5 kilos de riz à 46 personnes. Le hasard fait que, au même moment, Louvio, un guest, fêtait également son anniversaire. Il a voulu participer à l’opération en distribuant 2 kilos de riz à 45 personnes. L’action a été, pour moi, un véritable succès et un élément déclencheur. Nous n’avions prévenu que quelques personnes de cette distribution, et comme le bouche-à-oreille fonctionne bien en Inde, nous avons pu distribuer l’ensemble de notre stock de riz à des familles démunies.
J’ai alors eu envie de renouveler l’opération et aujourd’hui, je distribue, chaque vendredi, 200 kilos de riz à une centaine de personnes. J’ai d’abord commencé par 50 kilos distribués à 50 personnes: je suis arrivé rapidement au stade actuel de 200kg par semaine, car les guests m’ont aidé, beaucoup ont contribué! Les gens qui viennent pour la distribution de riz sont des habitués, ce sont essentiellement des familles du quartier, de Pondichéry, mais certains viennent de plus loin, des villages alentours, parfois situés à 40 km d’ici.

C’est un beau succès! Tu n’as pas pensé à augmenter ton stock de riz?

J’aimerais bien, mais il faut savoir dire non à certaines personnes, et conserver une taille de projet que l’on peut maîtriser. Si je passe à 300 kilos, cela signifie de revoir la logistique, d’embaucher quelqu’un peut-être, cela demande du temps… Rester à une échelle familiale me convient. Mais je ne suis pas tout seul à mettre en oeuvre ce rituel: il y a notamment Hamid, le propriétaire du Fathima Superstore, qui me fournit le riz à prix négocié et qui m’apporte les sacs de riz le matin, en scooter. Et cela fait quatre ans que ça dure!

J’ai une grosse appréhension que cela s’arrête lorsque je vais repartir en France quelques années. Je cherche donc une solution de substitution.

Quel est ton moteur?

Le mot « partage », ou plutôt le verbe « partager », car c’est une action, est le mot que je préfère dans le dictionnaire français. Tout simplement.

D’autres projets?

Mon objectif, dans le futur, est de dire non à personne, sans distinction et sans jugement. Ce sont des petites choses que je fais, qui restent minimes, mais qui au fond, mises bout à bout et avec l’aide de toutes les bonnes volontés, prennent toute leur importance et font sens.

Je voudrais aller au-delà, me prendre le temps pour un grand projet que j’ai en tête. J’ai acheté un terrain, sur le front de mer, à 4 km d’ici. Je voudrais y construire une guesthouse, et un autre bâtiment, qui pourrait recevoir toute personne qui aurait besoin d’un logement, à qui on offrirait le toit, une douche, et un repas. Les revenus issus de la guesthouse financeraient à 100% son fonctionnement mais aussi celui de ce bâtiment dédié aux autres, et son développement. J’ai déjà des centaines d’idées pour ce projet: donner des cours de soutien, faire des activités pédagogiques, comme des jeux de société ou des cours d’expression artistique en tout genre, donner des cours de formation, faire un potager, voire une ferme! Pourquoi pas acheter un véhicule électrique que les personnes âgées pourraient emprunter pour leurs déplacements? En bref, créer une véritable communauté autour de l’entraide.

J’ai eu mon accomplissement familial, mon accomplissement professionnel. Désormais je voudrais me consacrer à mon accomplissement personnel, en allant vers l’autre. Puis viendra l’accomplissement spirituel!

Le mot de la fin?

Ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est que je ne suis pas seul: la famille, les amis, les guests participent. C’est une histoire d’entraide, de solidarité.

Je remercie, Kumar, les chauffeurs de taxi et de rickshaws, Hamid de Fathima Superstore, Bastien, Docteur Thouroud et sa famille, Ravi, Guy, Bruno et Françoise Barbier, et d’autres encore.

Tout le monde participe à ces belles actions, qui n’existeraient pas sans leur aide. Moi, je n’en suis que le fédérateur.

Pour découvrir le parcours et les actions des changemakers que nous avons rencontrés lors de nos voyages, c’est par ici!
Et pour plus d’inspiration encore, ça se passe là!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *