Jordanie: marqués au sable rouge

La Jordanie m’a tenu ses promesses, et m’a sussurée doucement dans le coeur d’y revenir. J’attendais beaucoup de cette terre, et elle a, je dois bien l’avouer, dépassé mes espérances. Trois jours à peine après avoir foulé son sol, et je me disais déjà que c’était un des plus beaux pays que je n’avais jamais vus.

Cela tient à ce qui s’offrait à mon regard, mais aussi à l’émerveillement qui grandissait au fil des jours, ponctué d’un étonnement qui résonne encore aujourd’hui. Car la Jordanie, c’est ce cocktail surprenant entre oeuvres de la nature, qui a peint au fil des siècles des couleurs et des reliefs somptueux au milieu du désert, et le fascinant peuple bédouin qui en est le prolongement. C’est en Jordanie qu’on a retrouvé parmi les plus vieilles traces de premiers villages construits par la main de l’homme, imaginez les vibrations qui s’en dégagent. Car oui, en Jordanie, le désert, aussi silencieux soit-il, est habité.

Un royaume à la beauté spectaculaire
Désert, mon amour

Il est difficile de remettre en cause la beauté des paysages de ce petit pays, gagné aux trois quarts par le désert. L’accès à la mer y est restreint, avec à peine quelques kilomètres de côtes donnant sur la mer Rouge à Aqaba. L’apport en eau y est pauvre, l’eau du fleuve Jourdain est exploité à 60% par Israël, tandis que le reste est partagé entre la Jordanie et la Syrie. On a du mal à se figurer que le désert peut avoir mille visages, et pourtant, en Jordanie, c’est bien le cas. L’œil ne se lasse jamais de suivre les coupes et découpes des massifs montagneux et de la roche multicolore, se laisse surprendre par les vifs contrastes de couleurs entre terre et ciel, rouge, noir, ocre et azur. La peau sent le soleil mordant, tandis que le vent amène à vos sens parfums et rumeurs lointaines. Les yeux se plissent sous la lumière, mais vous n’avez envie que d’une chose: les garder grands ouverts.

Il suffit de s’arrêter quelques secondes, pour se laisser envahir par ce qui vous entoure. C’est ce que j’ai ressenti à maintes reprises, dans le Wadi Rum, à Petra, mais aussi sur la route. L’inconnu vous appelle, vous vous lancez à l’aventure, et ce que vous découvrez vous ouvre l’appétit. On est subjugué, on prend le temps de s’arrêter pour apprécier, puis on repart de plus belle, assoiffé de tant de splendeurs.

C’est cela, la Jordanie: un désert au grand coeur qui vous invite chez lui, dans ses vastes espaces et ses moindres recoins, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Des trésors en héritage

L’impressionnant trésor archéologique et historique que recèle ce pays participe, évidemment, à son charme envoûtant. J’ai été saisie d’une vive émotion, lorsque, entre les deux parois du Siq, j’ai aperçu cette façade majestueuse, presque dorée, se détacher de la roche… Voir Petra, voir cet emblème, était pour moi un rêve de longue date, un rêve d’enfant. A l’époque, je pensais y parvenir à cheval, après avoir traversé des kilomètres et des kilomètres de désert. Il n’en était rien, mais le choc n’en a pas été moins grand. Lorsque j’ai compris que j’y étais, que la Trésorerie se tenait devant moi, mes mains se sont mises à trembler, un large sourire s’est dessiné, doucement, sur mon visage… et, soudain, sans prévenir, je me suis mise à pleurer. Pleurer de bonheur, d’admiration, de fascination, d’accomplissement. J’y étais. Oui, j’y étais. Cela peut vous paraître idiot, niais, tout ce que vous voulez… Mais sachez que, pour moi, c’est cela, voyager: c’est vibrer. C’est donner corps à ses rêves et rêveries. C’est aller au bout, parce qu’on n’a qu’une vie.

Je croyais que ce moment serait pour moi la clé, le point d’orgue de mon voyage en Jordanie, mais je me suis laissée surpendre à plusieurs reprises… Je pense à ce coucher puis ce lever de soleil dans le Wadi Rum, là où la lumière, si particulière à ces heures, révèle des parcelles d’une autre planète. Le silence qui y règne en maître, donne un air sacré au lieu, et révèle à vos oreilles, pour la première fois, les battements d’ailes des oiseaux qui passent devant vous. Je pense à ce moment incroyable où nous nous sommes retrouvés seuls dans Petra, le soir, lorsque le site s’était vidé de ses touristes, et que face à la Trésorerie, on prenait soudain toute la mesure de la majesté des lieux. Je pense à ce feu de fortune, la nuit dans Petra, ce feu qui nous éclairait et nous réchauffait, tandis que notre repas du soir y cuisait doucement, au pied d’une grotte où nous étions invités par les bédouins

Fiers d’être Jordaniens
Hospitalité jordanienne: une réputation sans faille

Tout cela a de quoi rendre fier, et les Jordaniens le savent bien. Ils vous le montrent, ils vous le partagent, et rien n’est plus délicieux. Qu’il est bon d’être accueillis par ces hommes, fiers de leur pays, fiers de leur culture, fiers de leurs origines. Ils ne sont pas avares d’hospitalité, vous mettent immédiatement à l’aise à force de sourires et d’humour, et vous offrent facilement le traditionnel thé. Ils vous offrent, le temps de votre séjour, les merveilles de leur contrée. Les échanges avec les Jordaniens, lorsqu’il y a respect mutuel, sont des plus chaleureux. Curieux, ils vous posent une multitude de questions, et répondent avec plaisir aux vôtres. Dans le taxi depuis le centre ville d’Amman, pour regagner l’aéroport et quitter le pays, le chauffeur nous a invités à revenir: vous serez toujours les bienvenus en Jordanie, nous assurait-il.

A Amman, se dresse, imposant, au-dessus des bâtiments, un symbole de cette fierté: au loin, le drapeau national flotte à près de 126 mètres. Il serait un des plus hauts et des plus grands drapeaux flottants au monde, pour 60 mètres de long sur 30 mètres de large. Cela peut paraître démesuré, mais en réalité, le drapeau se fond dans le paysage, et ce signe d’assurance, lourd de sens, se veut rassurant.

Pourtant, la position actuelle de la Jordanie n’est pas des plus rassurantes: seul pôle stable dans une région très instable, s’y rendre peut, a priori, être source d’inquiétude. Combien de fois la question de la sécurité nous a été posée: entre la Palestine, la Syrie, l’Irak et l’Arabie Saoudite, avec l’Egypte pas loin, les raccourcis sont assez faciles et on pense, à tort, que le pays peut être dangereux. Les Jordaniens, aussi chaleureux soient-ils, souffrent de cette malheureuse situation: les touristes délaissent leur pays. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons pu nous retrouver seuls dans Petra, à la tombée de la nuit… Il y a quelques années, l’esplanade devant la Trésorerie n’était autre qu’une foule de touristes! Cette source de revenus, qui serait la deuxième la plus importante du pays, aurait baissé de près de 70% ces dernières années. Un drame national… mais le drapeau n’est pas en berne, et continue de flotter au vent, dans toute sa splendeur et sa dignité. On vous relaie l’appel des Jordaniens aujourd’hui: allez visiter leur pays!

Une terre d’accueil

Si les touristes ont déserté la Jordanie, le pays continue d’être une terre d’accueil, fidèle à son ADN. Avec les graves conflits environnants, la Jordanie est une terre promise pour les milliers de réfugiés, Irakiens et Syriens pour la plupart, qui sont venus s’y installer, chassés de chez eux. La Jordanie a su se construire avec les réfugiés palestiniens, qui sont arrivés en masse à partir de l’Indépendance israélienne, en 1948. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui? Ce petit pays a dû absorber, en peu de temps, une population qui se compte en plusieurs centaines de milliers. Voire plus. Cela dépend des sources, mais on a pu lire qu’il y aurait autour de 1,9 millions de réfugiés syriens. En 2008, la Jordanie comptait 6 millions d’habitants. Aujourd’hui, elle en compte 9,5 millions, dont près d’un tiers seraient des réfugiés.

Redescendre sur terre

Vivre ces lieux et ces moments en Jordanie, notamment au contact du fascinant peuple bédouin, vous emmènent ailleurs, hors du temps et sur une autre planète. Ce sont des bulles spatio-temporelles, dont on sort plus riches et plus rêveurs encore.

Malgré tout, vous redescendrez bien vite sur terre, en passant par Amman, notamment.
Nous y avons passé 3 jours, avant de prendre notre avion pour Cochin et gagner l’Inde. Je ne dirais pas que je n’ai pas aimé Amman, je n’ai sans doute pas apprécié cette cité à sa juste valeur… Nous avons visité la citadelle, rien de plus.

Mais, dans cette cité, j’y ai déambulé, y ai beaucoup observé, m’y suis attablée, et ai pensé à ce que Rami m’avait dit « Je n’aime pas aller à Amman. Tout le monde me dévisage… Et on me prend en photo, on me prend pour un pirate ». Si on ne m’a pas prise en photo ni prise pour une pirate, on m’a bel et bien dévisagée. Je me suis pourtant conformée à la modestie vestimentaire, de rigueur dans ces régions, mais rien n’y a fait. Dans les grandes artères, je filais droit, mais dans les petites ruelles, je sentais le poids des regards et je me suis sentie mal à l’aise. Il ne m’est rien arrivé, mais je me demande encore, aujourd’hui, si je n’ai pas raté quelque chose… dans les couleurs, dans l’attitude?

Et dire que, dans certaines vitrines, sont exposés des dessous affriolants, colorés, brillants, en dentelle, vernis, ouverts, et j’en passe… Un paradoxe culturel. Ce qui, d’ailleurs, me fait penser qu’Amman mériterait un deuxième coup d’oeil.

Ces épisodes dans la capitale jordanienne font partie de ces pointes d’étonnement qui venaient me piquer au vif, sans prévenir. Je suis toujours étonnée, aujourd’hui, quand je me rémémore tous ces moments…

Mais surtout, ce que je ressens, là, maintenant, quand je pense à la Jordanie, c’est une profonde et belle nostalgie. Je vous l’avais dit: je reviendrai. J’y suis invitée.

Pour en découvrir davantage sur la Jordanie, consultez notre dossier!

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