Le fascinant peuple bédouin

Ce qu’on apprend au contact des bédouins, même si cela ne dure que l’espace de quelques heures, est une leçon de vie et de tolérance, d’entraide et d’évolution, d’ouverture sur le monde. Ces moments me reviennent souvent, comme un mirage, et pourtant ils sont gravés en moi, et je leur voue une tendresse particulière. Quand j’y pense, je souris, je suis proche de la sérénité: je crois que je me suis rapprochée, à ces moments précis, d’un état de grâce.

Il ne s’agit pas du même état de fascination et de plénitude dans lequel vous vous trouvez lorsque vous êtes, si petit, face aux rayons du soleil qui percent la roche dans le Wadi Rum à 5h30 du matin. Il s’agit d’un état qui vous fait penser que le monde peut tendre à une certaine communion universelle, malgré les différences culturelles.

Un profond sens des valeurs

Je me souviens du discours de Gassab, nomade sur la fin de la trentaine, qui nous avait reçus chez lui pour notre premier dîner à Petra, dans le village bédouin d’Umm Sayhoun. Gassab parlait arabe, allemand et anglais couramment, et comprenait un peu le français.  » Je ne comprends pas pourquoi les réfugiés sont un tel problème chez vous. La Terre est à tout le monde, non? Regardez, nous accueillons tous ces pauvres gens, qui n’ont nulle part où aller. Ils sont plus en sécurité en Jordanie, alors on les laisse venir! On parle d’êtres humains, vraiment, c’est quelque chose qui me dépasse chez vous… ». Dit comme cela, on se pose, effectivement, la question. Ce qu’il y a de surprenant avec les bédouins, c’est à quel point ils sont au courant de l’actualité. Ils la connaissent même mieux que vous.

Cela doit venir de leur mode de vie traditionnel et ancestral: pour survivre dans le désert, et pour faire du commerce au-delà des frontières, il faut être au courant de tout. On s’est donc retrouvés à parler politique européenne et internationale avec Gassab, et on était loin de s’y attendre! Mais ces échanges, aussi étonnants soient-ils, ont été d’une richesse folle. C’est à compter de ce soir-là, que nous avons été intrigués par les bédouins, puis, littéralement, fascinés.

Nous avons appris leur sens de la loyauté, du respect. Ils appliquent cette fameuse maxime « chacun est libre tant qu’il n’empiète pas sur la liberté de son voisin ». Nous avons appris leur sens de l’humour, absolument dévastateur, et avons appris à en jouer avec eux. Nous avons appris que la cérémonie du café fait office d’accord et de prise de décision entre eux: si le chef boit le café, tout le monde peut boire sa tasse, en harmonie, une fois qu’ils sont arrivés à une entente.

Même le roi se plie à cette tradition séculaire, ce qui ne fait qu’accentuer le respect qu’ils ont pour lui. Par contre, il ne faut pas accepter plus de trois tasses de café, ce serait abuser de leur hospitalité. Nous avons appris avec eux que si vie rime parfois avec difficulté, elle rime surtout avec plénitude. Les bédouins sont foncièrement positifs, et c’est contagieux! Nous avons appris que leur générosité se décline à l’infini, jusque dans leur cuisine.

De grands séducteurs

Pas étonnant que bon nombre de femmes occidentales tombent sous leur charme! Eh oui, c’est aussi une chose que nous avons apprise: il n’est pas rare de croiser des bédouins jordaniens mariés à des femmes vivant en Europe. Elles restent avec eux dans les premiers temps, puis regagnent leur pays. Peu d’entre eux parviennent à les rejoindre, il leur est difficile d’obtenir le pass pour une autre vie. Et même s’ils l’obtenaient, seraient-ils vraiment heureux? Ils parlent d’amour comme les poètes et les romanciers, ce doit être leur arme secrète pour gagner le coeur des femmes. Malheureusement, ces mariages ne durent pas longtemps, et le taux de divorce est très élevé. Ils séduisent, à n’en point douter, mais leurs conditions de vie sont si particulières qu’il ne doit pas être aisé de s’en accommoder. Les différences culturelles sont énormes… Gassab avait étudié en Allemagne et avait était marié à une allemande, d’où sa connaissance parfaite de la langue. Aujourd’hui divorcé, sa fille lui rend visite de temps à autre. Salama, le chef de camp du Wadi Rum, est marié à une portugaise, rentrée au pays, et l’appelle tous les jours. Il en est à sa quatrième tentative pour obtenir le visa pour le Portugal.

Quant à Rami, jeune homme de 23 ans, il nous partageait, avec des étoiles dans les yeux, les souvenirs de sa relation avec une anglaise, qui était restée vivre avec lui dans les grottes de Petra pendant près d’un an. Mesdames et mesdemoiselles, vous êtes prévenues! Il peut être dangereux d’approcher ces hommes à la beauté certaine, à l’allure fière et au look travaillé. Il faut dire que Johnny Depp lui-même s’est inspiré du style des bédouins de Petra pour façonner son personnage de Jack Sparow dans Pirates des Caraïbes: vous en trouverez des copies parfaites, par dizaines, par centaines, en Jordanie. L’œil cerné de khôl noir pour se protéger de la vivacité du soleil, breloques autour du cou et des poignets, turban bien noué sur la tête, teint hâlé… ou quand le folklore fascine. Ne vous y méprenez pas toutefois: si la plupart du temps l’échange est sincère, il y a des cas d’abus de confiance qui ont été recensés. A vous d’être juges. Il y a même une page Facebook qui s’est créée pour que les victimes de ces séducteurs communiquent entre elles: Stop the Petra Bedouin Women Scammers.

Un mode de vie à préserver

Malgré tout, le peuple bédouin reste une magnifique source d’inspiration. Leur vie nomade est loin d’être simple, et le gouvernement jordanien a mis en place des mesures et des structures pour les aider. A Petra, notamment: avec le classement du site au Patrimoine Mondial de L’UNESCO, à la demande des bédouins, un village en dur, a été construit, pour accueillir les familles et leur offrir de meilleures conditions de vie que dans les grottes, notamment l’eau et l’électricité. Ce village, c’est celui où nous avons dîné le premier soir, Umm Sayhoun. Aujourd’hui, le village déborde, il n’y a plus assez de place pour y accueillir de nouveaux habitants. Il n’est pas possible de l’agrandir, car il est construit sur un col plateforme encaissé. Si la vie semble s’organiser et que les habitants s’entraident, hébergeant ceux qui n’ont pas de toit, certaines familles sont en reste. Il y aurait, à l’heure actuelle, encore 25 familles bédouines qui vivent dans les grottes, sans eau courante ni électricité. De ce qu’on en a vu, on pense qu’ils sont plus nombreux que ce que veulent bien dire les chiffres officiels… Ils restent, sans conteste, les maîtres des lieux. Pour préserver l’équilibre, seuls les bédouins vivant à Petra ne paient pas d’entrée sur le site. Pour les autres, pour ceux qui vivent à plus de 5km, ils doivent non seulement payer leur passe-droit, mais il leur est interdit d’y travailler.

Même s’ils ne rechignent pas à gagner en confort, il est fondamental pour les bédouins de garder leurs grottes, souvent transmises de génération en génération: cela fait partie de leur identité. Et ils en sont fiers. C’est notamment dans une grotte à Petra, invités par Rami, ce jeune homme bédouin de 23 ans, que nous avons vécu un des plus beaux et mémorables moments de notre voyage.

Lire le récit de notre expérience bédouine

Pour en découvrir davantage sur la Jordanie, consultez notre dossier!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *