Récit d'un voyage en Israël, terre de contrastes

En préambule

Nous tenons à préciser que ces écrits reflètent des ressentis et des impressions très personnels, et donc nécessairement partiels. En deux semaines, qui plus est, nous ne pouvons décemment pas vous livrer un compte-rendu exhaustif sur une situation aussi complexe. Dans ce cadre, il nous semble important de préciser, compte tenu de la situation dans laquelle se trouve Israël, qu’il ne s’agit que de notre opinion et que nous sommes ouverts à en entendre d’autres. En effet, comme vous pourrez le comprendre en lisant nos récits et en suivant notre travail, nous sommes pour la paix, l’harmonie et le dialogue entre les peuples. Pour être tout à fait transparents, nous sommes en faveur d’une solution à deux Etats, contre le mur de séparation et les colonies. Bonne lecture…

 

Bouillonnante Israël

Contre toute attente, du moins pour ma part (Stéphanie), voyager en Israël est une aventure à bien des égards. Si je savais avant de découvrir ce pays que la situation politique est des plus complexes, je ne m’attendais pas à être submergée par autant d’émotions. C’est une chose de lire et d’entendre dans les médias ce qu’il s’y passe, c’en est une autre d’observer sur place, avec son regard, ce qu’il se passe autour de vous. D’attraper au vol des situations, des tranches de vie, des discussions, des points de vue… de ressentir de l’émerveillement, une fascination certaine, de la joie de vivre, de la plénitude, de l’insouciance, de la bienveillance, du respect, mais aussi de l’inconfort, de l’incompréhension, de l’impuissance, de la froideur, de la peur, de la haine. C’est ce qu’on ressent tous dans une vie, partout, mais j’ai pris là toutes ces émotions en condensé. Israël est fascinant, et Israël se vit.

J’y suis allée sans appréhension, mais avec envie et impatience. J’y suis allée sans idée reçue, et j’étais prête à prendre ce qui allait s’offrir à moi. Je n’ai pas été déçue, j’en ressors plus curieuse et avec l’envie furieuse d’en connaître davantage. Je reste sur ma faim, en quelque sorte: j’ai entre-aperçu un pays où ça bouillonne, de vie et de tension. Il me faudra creuser et revenir: il y a tant de choses à saisir, pour tenter de comprendre.

Israël m’a fascinée, et bouleversée.

J’y ai vu de la haine dans le regard d’une petite fille, lorsque nous nous sommes égarés par inadvertance dans le quartier palestinien de Silwan à Jérusalem, pour vivre une heure après un moment de grâce sur le Mont des Oliviers au coucher du soleil, quand se sont élevés dans les airs les muezzin et les cloches d’une église chrétienne, à l’unisson. Au même moment, devant nos yeux, se dressait la mosquée Al Aqsa, en arrière-plan du plus grand cimetière de la ville et sans doute le plus grand cimetière juif du monde. On dit qu’il y aurait entre 70 000 et 150 000 personnes enterrées là, pour certaines depuis plus de 3 000 ans.

A Jérusalem encore, des jeunes garçons musulmans jouaient au foot sur l’esplanade qui surplombe le Mur des Lamentations, alors que des centaines de fidèles juifs venaient s’y presser pour prier avec ferveur, pour s’en éloigner ensuite à reculons, sans quitter ce lieu sacré des yeux. A quelques pas de là, des chrétiens orthodoxes se recueillaient sur la tombe de Jésus. Au détour des ruelles, dans la vieille ville, on aperçoit, lorsqu’on lève les yeux au ciel, des grillages, formant comme un plafond de fer, jonchées d’objets en tout genre et de pierres. Visiblement, tout cela avait été jeté là lors du passage d’une procession de confession différente…

Et tomber par hasard sur une procession de moines dans ces rues vous submerge d’émotions, j’ai senti des frissons parcourir ma colonne jusqu’à la nuque, tant ce qui se dégage de ce cortège est puissant. Du latin qui résonne dans le quartier musulman, tout le long de la Via Dolorosa, sur les pas du Christ, vous laisse difficilement indifférent. D’autant plus lorsque quelques mètres plus loin vous tombez sur les fidèles rentrant de la prière du vendredi à la mosquée Al Aqsa.

Terre de contrastes

Ce n’est pas un hasard si nous avons commencé notre périple par Israël: les fondements de notre civilisation sont là, bien vivants, et vous transportent. On se sent tout petit, mais indéniablement, on se sent véritable partie intégrante de cette humanité complexe et multiple, qui se rassemble et se côtoie là.

Deux jours après notre passage dans Jérusalem, une fusillade en a secoué les murs. A l’annonce de la nouvelle, j’ai ressenti cette même incompréhension, cette même impuissance qui m’avait gagnée, rampante, à Rosh Hanikra, face à la frontière libanaise. Close, gardée par des militaires, sans que l’on puisse voir ce qu’il se passe quelques mètres plus loin, sans que l’on ne puisse trop s’en approcher. Pourtant, au même endroit, il y a un restaurant, côté Israëlien, et à quelques kilomètres de là, on voyait, en contrebas, des baigneurs insouciants et joyeux dans la Mer Méditerranée, pendant qu’un croiseur de la marine israélienne surveillait la côte. Je vivais tout cela, sans réellement en saisir toute la profondeur, mais j’en ressentais l’intensité. Je découvrais la Terre Sainte, j’apprivoisais la terre de contrastes.

Beaucoup de barrières et de murs se sont construits, il y a des questions que je n’ai pas osées poser, de peur de blesser par mon ignorance. Et pourtant, toutes ces questions étaient d’une grande innocence… Mais j’avais vu trop de murs depuis mon arrivée pour en créer d’autres avec des tabous. J’ai vu assez de murs dans les colonies par lesquelles nous sommes passés, assez de murs le long des routes que nous avons empruntées, assez d’ordures jetées de l’autre côté. J’ai vu trop de conflits tout au long de l’histoire dans les musées, et les checkpoints que l’on passait me rappelait ô combien certains sont encore d’actualité, sans compter le choc à la vue du panneau d’indication Jérusalem brûlé, lorsque nous nous sommes égarés quelques minutes en territoires palestiniens.

Faire tomber les barrières

J’avais besoin de me laisser envahir par l’immense beauté de ce pays, la richesse des cultures qui le peuplent, la générosité des personnes que l’on rencontrait, et la douceur de la cuisine orientale. J’avais besoin de savourer les sourires des gamins qui m’encourageaient à prendre les rues tortueuses de Nazareth et qui s’amusaient de voir une petite française s’aventurer là, au volant de sa voiture de location, et qui n’osait pas braver les sens interdits. Besoin de vibrer entre puissance solaire et présence de l’histoire lors d’un lever de soleil sur le plateau de Masada.

C’est là que j’ai pu voir, sans passer à côté, les concerts d’initiative citoyenne pour prôner la paix à Tel Aviv, en pleine rue ou sur le front de mer. C’est là que j’ai pu m’arrêter devant des fresques murales aux messages pacifistes et colorés, en plusieurs langues, dans la ville d’Akko. C’est là que j’ai pu saisir l’espoir d’un futur paisible au détour des conversations. C’est là que j’ai pu me laisser fasciner par une Tel Aviv transformée lors de Yom Kippour, d’un calme et d’une joie de vivre infinis.

Et c’est à Pondichéry, en Inde, que j’arrive à revenir sur cette expérience et ces émotions, sur le toit d’une maison en plein quartier musulman, avec l’appel du muezzin à quelques mètres. Et autour de nous, se trouvent le quartier français et le quartier hindou. Il faut croire que j’aime ces mélanges, cette cohabitation, qui donnent une teinte particulière à l’âme d’un lieu, et qui se déclinent en éventails d’émotions.

Le monde est beau, allons à sa rencontre, malgré les différences, pour tenter de le comprendre. Essayer, c’est déjà faire un pas vers une meilleure version de nous-mêmes et des autres.

Pour en découvrir davantage sur Israël, consultez notre dossier!

Comments 4

  1. C’est magnifique merci de partager cela avec nous j’adore lire ton fabuleux voyages . Vivement la suite 🙂

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      Merci Céline! Contents de savoir que cela te plaît 🙂 on s’occupe de faire la Jordanie cette semaine, avant d’attaquer l’Inde! Gros bisous 🙂

  2. Reportage fabuleux qui nous éclaire sur le quotidien des habitants de Jérusalem et environs.
    Merci et bon séjour au pays de GANDHI et MÈRE THÉRÈSA
    Mamie

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      Merci beaucoup Mamie pour ton commentaire qui nous va droit au coeur! Nous sommes très heureux de voir que tu suis avec attention nos pérégrinations et que nos récits de voyage te plaisent! On va continuer à tout vous raconter! On finit la Jordanie cette semaine et on va attaquer l’Inde 🙂 Gros bisous

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